L’unité nationale à rude épreuve
Par David Marc MOLLI
Au nom de la démocratie, la République est mise à mal au Bénin. Du moins, sa substance morale essentielle, pour ne pas l’appeler représentation collective qui sous tend l’existence de l’Etat, subit le choc des intérêts égoïstes dans la course au pouvoir et au pouvoir à tout prix. Le sentiment d’appartenance à un Etat ou à une République unie et indivisible connu sous le concept « unité nationale » se trouve mis à prix par une certaine classe politique dite traditionnelle. Désormais obnubilés par le pouvoir d’Etat et ses avantages plutôt que la consolidation de l’Etat de droit et de la démocratie, les vieux briscards sont fermes et résolus. Leurs attitudes et actes sur l’arène politique prouvent aujourd’hui, à plus d’un titre, que l’unité nationale constitue le dernier des soucis de cette frange de politiciens. Pourtant, il n’y a de compétition électorale ou processus de dévolution du pouvoir d’Etat que dans une République. Voilà aujourd’hui que c’est ce fondamental de l’Etat qui tend à être fragilisé du fait d’un rêve devenu obsession pour le pouvoir d’Etat.
On a l’impression que dans la perspective de l’élection présidentielle de 2011, les vétérans dans la jouissance des avantages du pouvoir d’Etat, après un quinquennat sabbatique, sont hantés par la reprise de leur biberon d’antan. Et pour ce faire, tous les scénarios, mêmes les plus apocalyptiques pour la République, sont bons pour venir à bout d’un dessein devenu passionnel. Contre vents et marrées, la vieille garde politique est prête à faire feu de tout bois au point de devenir un monstre de Janus prêt à détruire tout et pour finir par se détruire lui-même.
Il est important en cette avant-veille de la double consultation électorale de 2011 que chacun sache recul prendre sous la passion de ses rêves politiques. Il n’y a de démocratie que dans un pays uni et indivisible. On ne peut donc prétendre au pouvoir d’Etat que dans une République stable où l’unité nationale est préservée et renforcée. C’est en cela que personne ne doit rester indifférent devant l’exhumation d’un vieux débat rétrograde qui met aux prises le « Nord » et le « Sud » dans une République comme le Bénin. Cela doit préoccuper d’autant que la cristallisation du débat politique autour de l’opposition « Nord-Sud » au lendemain de l’accession de notre pays à l’indépendance, a contribué à étouffer le développement national au profit d’intérêts politiques égoïstes d’une petite aristocratie locale. Cette aristocratie que le pays a tout donnée est dans expectative de tout arracher au pays qui a cependant dû mener toutes les luttes héroïques pour amorcer son nouveau décollage. Le retour de l’ascenseur se révèle une épée de Damoclès sur la tête de la poule aux œufs d’or.
Mais il semble que c’est dans ce ferment nuisible au chantier de la construction nationale que l’opposition informelle pense avoir trouvé sa parade contre le yayisme dans la perspective de la présidentielle de 2011. Et pour parvenir à ses fins, l’acte un a été de susciter une polémique puérile autour des nominations sous le régime actuel sous le prétexte de régionalisme. L’acte deux a été de développer une thèse bancale de « menace sur la démocratie » histoire de soulever la communauté internationale contre le régime du changement. L’acte trois que les deux premiers actes tentent de camoufler est la création de ce regroupement politique sur des bases régionalistes sous l’appellation « Union fait la Nation » avec comme objectif final de ramener à la case départ, donc 50 ans en arrière, le débat politique national. Il n’est donc d’aucun doute que la question de l’unité nationale, base fondamentale de la République, est mise à rude épreuve au Bénin dans l’océan des ambitions politiques de la vieille garde politique. Qu’on l’accepte ou qu’on le récuse, la vérité reste et demeure têtue.
La classe politique dite traditionnelle à travers son initiative dénommée « Union fait la Nation » donne la preuve que la menace sur la démocratie à laquelle elle fait allusion, depuis bientôt quatre ans, n’émane que d’elle et non du régime actuel. En tout cas, il est bien difficile de démontrer le contraire à l’opinion publique nationale et internationale puisque l’Union fait la Nation ne compte aucune formation politique ayant son fief dans le septentrion quand bien même on se plaît à dire que ce regroupement politique est ouvert à tous. De plus, la configuration de l’équipe dirigeante de ce regroupement politique cache mal l’exclusion des ressortissants de la contrée septentrionale du pays. On a beau tenir la langue de bois autour de cette question, il est impossible de se cacher derrière ses cinq doigts.
Source : Nugboli
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