Cette esquisse de changement intervient à la suite de la première grande rencontre politique et publique, de véritable concertation, entre les acteurs impliqués dans la réalisation de la Lépi, particulièrement les leaders de l’opposition, les membres des institutions de la république - que l’opposition taxe toujours d’obédience mouvancière- les membres du gouvernement et les leaders de la mouvance présidentielle (toutes tendances confondues). Une mini conférence nationale sectorielle, et extraordinaire, pourrait-on dire. Est-il possible d’en chercher la voie d’un cadre permanent de concertation pour redéfinir et consolider le consensus national ? Certains le suggèreraient volontiers.
Au sujet d’Arifari Bako, on a pu certes, l’accuser un moment, par voie de presse, lui, l’éloquent et redoutable adversaire du régime au parlement, de tiédeur envers le pouvoir ; et on a même lancé des rumeurs, selon lesquelles, il serait tenté par un poste ministériel... Mais quel crédit accordé à toutes ces supputations, dans le contexte actuel de méfiance réciproque entre les hommes politiques, qui se surveillent désormais, pour éviter que l’un ou l’autre ne soit tenté par les sirènes des intérêts personnels et du pouvoir ? A vrai dire, peu de crédit.
Car il est observé, dans toute situation de tension, lorsque les positions sont très tranchées et figées, que toute attitude constructive et modérée devient suspicieuse. C’est le cas d’Arifari Bako, au sujet duquel, il ne serait pas étonnant d’entendre, d’ici à là, qu’il serait en train de virer de bord. Or, sa désignation à la tête de la Cps, qui devrait normalement ne pas faire plaisir à ceux de la mouvance présidentielle, semble être aujourd’hui, le bon juste milieu, dans la crispation actuelle des thèses sur la poursuite ou non du processus de réalisation du Rena/Lépi.
Il n’est jamais trop tard pour bien faire ! A ce propos, on se doit de féliciter le président Boni Yayi, d’avoir rendu possible une confrontation publique, opposition-mouvance, sur un enjeu national qui nécessitait de l’avis de l’opposition, une méthode consensuelle. Tout le monde s’est exprimé publiquement, librement, et avec une franchise rare. Il sied donc de louer le courage et « la magnanimité » du chef de l’Etat qui a écouté avec beaucoup de calme, les critiques sans appel, et les contradictions notoires, d’un camp à l’autre, sur les avancées et les faiblesses réelles de l’étape déjà accomplie, par le processus du recensement. Il y avait en effet de sérieuses réserves sur la fiabilité du travail pourtant considérable, combien ardu et consciencieux fait par l’équipe de la mission indépendante de mise en oeuvre du recensement électoral national approfondi. Réussite donc, sur la voie du consensus, pour cette première séance de véritable concertation politique. Il n’est jamais trop tard pour bien faire !
Si les zélateurs avaient laissé le régime du Changement fonctionner sur ce mode participatif et démocratique, certaines erreurs politiques, dont la tension et le blocage du fonctionnement serein des institutions sont les résultantes, auraient pu être évitées. Telles celles qui ont conduit à la perte de la majorité et de l’état de grâce au sein du parlement, au sursaut et à la radicalisation de la classe politique traditionnelle menacée par une hégémonie électorale dans ses propres fiefs – ce qu’elle a appelé « un plan de liquidation ».
Vers le dialogue franc et sincère ?
Or, comme le faisait si bien remarquer, le président de l’Assemblée nationale, lors de cette rencontre « historique » sous le Changement et sur la Lépi, rien de bon et de déterminant ne peut se faire, sans engagement et sans volonté politique. Pour obtenir l’engagement et la volonté politiques de cette classe politique traditionnelle, ne fallait-il pas ne pas l’effrayer, ne pas la frustrer ? En organisant courageusement, cette rencontre du mardi 9 mars 2011, le chef de l’Etat a peut-être ouvert la voie au dialogue, non pas un dialogue d’allégeance ou de soutien –il est un peu tard pour compter dessus- mais une ouverture pour s’entendre sur l’essentiel. C’est-à-dire ce qui est d’obligation collective et nationale, et qui impose que toutes les composantes politiques et sociales de la nation s’entendent pour le bonheur de tous.
Et la réforme électorale, acceptée de tous, et dont l’une des mises en oeuvre est la Lépi, devient un chantier de concrétisation, de jurisprudence de la pratique du consensus -notion si difficile à cerner mais tellement évoquée par les Béninois comme un besoin inaliénable. Cette perception de l’équilibre, de la stabilité de la République –qu’il soit compromis ou compromission parfois, sacrifice par l’acceptation, inhibition ou instinct de sauvegarde- devient non seulement un état d’esprit mais un mode de vie particulier à la démocratie béninoise.
La rupture de cette inhibition -intelligente et sage- pourrait dans ce cas, sonner le glas de la paix si chère aux Béninois. Sommes-nous conservateurs à cause de cette attitude, et cet état d’esprit ? Assurément. Mais, c’est peut-être aussi ce consensus aux contours fragiles et flous, que d’autres nations, moins apaisées, envient aux Béninois.
P our toutes ces raisons, n’est-il pas permis d’espérer que la confiance rétablie, la classe politique dans son ensemble, mette son génie habituel à trouver les moyens de faire les corrections nécessaires, au plan légal et des ressources humaines et techniques, pour réaliser la Lépi, nonobstant le temps qui fuit ? Et ce, malgré les défis techniques et structurels, les conflits d’intérêts qui menaceront encore la réalisation de la Lépi, parce que la méfiance demeure toujours, et que la confiance comme la sérénité ne seront restaurées que par un modus vivendi.
Un fair-play consensuel, dans la compétition pour 2011, entre le pouvoir et les divers acteurs de la vie politique nationale. Sauvegarder, malgré l’adversité de cette compétition électorale, l’essentiel et le dialogue national, sera un atout majeur pour des élections transparentes et crédibles, avec la Lépi en 2011. En tout cas, pour des raisons de crédibilité, la classe politique devra vite prendre ses responsabilités devant l’histoire. Pour que, surtout, le Bénin ne déçoive pas ceux qui, dans la sous-région, envient la vitalité mais aussi la maturité démocratique des Béninois et les prennent pour modèle.
Léon Brathier